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Une catastrophe naturelle

Il y a cent ans à Clermont, l’éboulement de la Mirande

vendredi 9 septembre 2011, par Geneviève DURAND-SENDRAIL


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La Roche de Clermont (2008)

Le 19 novembre 1911, le Conseil municipal de Clermont, était réuni en séance « ordinaire » pour aborder les sujets « ordinaires » : l’assistance médicale gratuite, la liste des répartiteurs, la liste électorale… Mais avant de terminer il traita d’une question plus particulière :

« A la suite de la séance, M. le maire appelle l’attention du Conseil sur les éboulements qui se sont produits à la roche de la Mirande appartenant à M. Sendrail, il l’invite à délibérer sur la situation créée au passage du bac à la suite des dits éboulements. Le Conseil

Ouï l’exposé de M. le maire

Après avoir visité les éboulements qui se sont produits en amont du passage du bac

Considérant qu’une grande quantité de terres et de roches se sont éboulées et ont roulé dans le lit de l’Ariège et qu’à la suite de ces éboulements, le chenal de la rivière s’est resserré au moins des deux tiers,

Considérant qu’en aval des éboulements, l’eau fait des remous dangereux qui rendent le passage difficile avec les basses eaux et impossible avec la moindre crue,

Considérant que les causes ci-dessus s’ajoutent à celles qui ont été exposées dans les diverses délibérations du Conseil municipal demandant la construction d’un pont à Clermont,

Demande avec plus d’insistance que jamais que le Conseil Général veuille bien comprendre au plut tôt dans le programme des travaux à exécuter pour le chemin vicinal n° 1 de Clermont, la construction d’un pont pour faciliter les communications entre les deux parties de la commune séparées par l’Ariège.

Ce texte est, à ma connaissance, l’unique témoignage officiel de l’événement. J’ai cherché du côté des Archives départementales d’autres sources officielles et n’ai rien trouvé. Il signale l’ampleur du désastre (la grande quantité de terres et de roches), le rétrécissement du lit de la rivière, mais il déçoit parce qu’il ne précise ni quand, ni comment cela s’est passé. En fait, les élus voient dans la catastrophe un bon argument pour apitoyer l’administration et obtenir la construction d’un pont tel que celui qu’avaient depuis peu obtenu leurs voisins de Lacroix-Falgarde.

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La Borde du Fort dans le cadastre de 1808
Sur cette partie de la feuille A du cadastre, remarquez la borde du Fort en haut à droite et le chemin qui monte du hameau des Fraïsses en bas à droite.

Etat des lieux, présent et passé

Comment se présentait alors cette Mirande qui a disparu ? Le toponyme occitan, d’origine latine (mirari), dans son emploi le plus ancien, désigne un belvédère pouvant porter une tour de guet. Avant 1911, la colline qui porte le Fort se prolongeait par un large plateau que j’ai toujours entendu nommer « la grande Mirande », -celle qui s’est effondrée- Il reste la « petite Mirande », dernier belvédère qui domine toujours une partie des Fraysses. Je me représente la pente de cette grande Mirande comme est la pente de la petite Mirande et de la Roche de Marcounat. Quand, de la D 820, on monte vers Clermont, on aperçoit, au-dessous de Marcounat, une pente forte mais non abrupte. Des touffes de végétation font qu’il n’est pas impossible d’y descendre. Elle est entrecoupée par deux replats qui étaient autrefois cultivés.

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Avant l’éboulement
A l’ouest de la Borde du Fort, la pente herbue est assez douce pour qu’on s’y promène.

Regardons maintenant la Roche du Fort, la trace de l’arrachement, sa pente verticale, parfois en surplomb, où depuis cent ans la végétation n’a pu s’accrocher, et laissons ensuite notre imagination nous représenter, en avant de la ferme au pigeonnier aujourd’hui condamnée, un petit jardin devant lequel il y avait encore place pour le chemin reliant le hameau des Fraysses au Fort. A l’ouest, une large avancée était l’endroit idéal pour faire le feu de la Saint-Jean. On y aurait dansé la veille de l’éboulement, m’a rapporté quelqu’un. La pente offrait une excellente exposition pour les arbres fruitiers et la vigne : je me rappelle deux vignes superposées, deux parcelles où j’ai encore vu vendanger au début des années quarante. Le long de l’actuel chemin botanique qui part du village pour passer sous l’éboulement en allant vers l’ancien bac, après la source, on aperçoit les survivants de ces arbres fruitiers.

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La Roche vers 1950
Sur cette photo aérienne, on distingue les prolongements vers l’ouest du bâtiment de la borde, le chemin communal en avant de la maison et les chemins d’accès aux anciennes parcelles.

L’événement d’octobre 1911

Comment et quand cela a-t-il disparu ? L’enquête ne peut s’appuyer que sur la mémoire orale. Dans mes archives familiales, cependant, une source écrite, fiable, me fournit une date : 6 octobre, jour qui, en 1911, tombait un vendredi. Pourquoi aurait-on fait la fête la veille, jeudi 5 octobre, sur la Mirande ? Je l’ignore. Il y aurait eu, la nuit – ou le matin ? – un grand bruit « semblable à deux détonations ». Ce qui était souligné dans le récit familial, c’était la surprise de l’habitant de la Borde le matin de la catastrophe. Sorti sur le pas de sa porte, il découvre qu’on aperçoit les maisons de la Riverotte qui jusque là étaient cachées par l’avancée de la Mirande.

Les mesures prises

Je m’étonne de n’avoir vu, dans la suite du registre des délibérations municipales, aucune autre mention des mesures qui durent être prises. La rive droite de l’Ariège avait été grandement modifiée. Jusque là, un bac pouvant transporter des charrettes était amarré tout près de la maison du passeur. Or la quantité de terre éboulée avait formé une île, séparée de la rive droite par un bras d’eau de 2 ou 3 mètres de large. Il en reste un petit vallon asséché. On dut donc déplacer l’embarcadère en amont de la pointe de la nouvelle île et, pour y arriver, prolonger le chemin communal d’une petite centaine de mètres. Le bac pour charrettes fut abandonné. On se contenta d’un bac pour piétons en espérant la construction prochaine du pont tant réclamé. La falaise, sans la protection d’une couverture végétale, resta exposée à des éboulements partiels mais il n’y a pas eu d’autre effondrement massif et brutal : le bâtiment de la Borde a été habité jusqu’en janvier 2007.

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Le bac de Clermont avant 1911
Ce bac peut transporter des charrettes comme le montre l’arrière large et plat. Photo prise de la rive gauche : on reconnaît sur l’autre rive la maison du passeur et l’ancienne auberge des mariniers.

Quelles causes possibles ?

Est-ce l’Ariège qui en amorçant sa courbe et butant contre le coteau poursuit un travail de sape ? Des gabions ont été apportés en 1958 en amont de l’embarcadère pour protéger une partie de la rive. Cependant, il ne semble pas que la rivière soit responsable de l’éboulement. On parle de sources arrivant souterrainement. Ce que confirmerait le témoignage de quelqu’un a vu un jour, du pont de Clermont, l’Ariège rouler des eaux boueuses alors que repartant par le pont de Venerque, il constata que l’eau y était claire. Comme l’explique l’article du géologue Bernard Crochet (voir sur ce site le document n° 11 Clermont aux temps géologiques), la falaise de Clermont permet une bonne observation des couches molassiques déposées par les eaux descendant des Pyrénées qui forment notre sous-sol. Les marnes, de couleur ocre qui forment des barres en saillie, contiennent quelquefois assez de calcaire pour résister à l’érosion. Les autres, formées de graviers plutôt siliceux, offrent une moindre résistance. Sous les premières maisons du Fort apparaît un rocher assez bien calcifié : espérons qu’il résistera encore quelques siècles ! La falaise aujourd'hui

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