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Pierre Vié : un Clermontois passionné d’archéologie et du patrimoine

vendredi 1er avril 2011, par Geneviève DURAND-SENDRAIL


In memoriam, Pierre Vié (1926-2011)

Faut-il parler de Pierre dont la présence à Clermont était si peu visible ? Où pouvait-on le rencontrer si ce n’est dans sa maison ? Mais il était là, prêt à montrer un silex préhistorique, une meule néolithique, un précieux article sur les boucles de ceinture wisigothiques ou les notes où il avait transcrit tout ce qu’on pouvait savoir sur chaque parcelle du cadastre de Clermont. Sa maison est un petit musée et un centre de documentation. J’y ai souvent puisé et je lui ai demandé de copier ses dossiers.

Une grande coupure a partagé la vie de Pierre, l’accident survenu en 1959. Jeune adulte, son activité se déploie dans trois directions. Agriculteur, il commence à travailler au moment où l’arrivée des tracteurs –tardive dans nos régions- permet de labourer plus profondément et fait remonter toutes sortes de vestiges. Maçon, il travaille dans beaucoup de maisons : on pouvait dire qu’il en connaissait l’archéologie. A l’occasion, il se joint bénévolement aux équipes d’archéologues qui travaillent sur les chantiers voisins. En 1956, à Clermont même, Louis Méroc a rouvert les fouilles de Noulet à l’Infernet. En 1959, Pierre travaille à Vieille-Toulouse sous la direction de Georges Fouet. Il est au fond de l’excavation quand un éboulement lui brise la colonne vertébrale. Il en résulte un an d’hôpital et toute une vie en fauteuil roulant.

Les archéologues qu’il a aidés ne l’oublient pas. Ils continuent à l’associer à leur travail, à la restauration des objets que ramènent les fouilles. Des fragments de poterie lui sont confiés pour qu’il reconstitue vases et amphores à destination du musée Saint-Raymond. Ce travail lui donne le goût de la poterie. Il achète un tour et se met à fabriquer à la commande des pièces que cuit la briqueterie de Grépiac.

En même temps, Pierre lit, prend des notes, accumule les documents. Sur de grandes feuilles, en réduisant un peu l’échelle, il se fait une copie du cadastre napoléonien de Clermont avec les couleurs et les numéros de parcelles. Puis, d’après ce modèle, sur de petites feuilles, il reproduit le plan d’un quartier pour noter dans chaque parcelle les objets qui y ont été trouvés. Tout ce qui se voyait encore ou dont on se souvenait dans le Clermont des années 1930-1950 y est noté. Tout ce qui révèle l’emplacement de maisons disparues -et il y en eut beaucoup là où il n’y a plus que des champs-, les moindres vestiges romains, les cimetières du Moyen Age, les silos et les souterrains refuges…

Les secrets de Clermont sont-ils partis avec lui ? Pas complètement puisqu’il a noté ce qu’il savait sur des schémas bien clairs que les archéologues et historiens futurs pourront consulter. Clermont a de la chance d’avoir eu ce témoin curieux, attentif, méthodique. Grâce à lui, la mémoire de notre patrimoine a été bien transmise.


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