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Croix des chemins et des places

Les croix de Clermont

Les croix des Rogations : un petit patrimoine qui mérite d’être entretenu

samedi 1er octobre 2011, par Geneviève DURAND-SENDRAIL

En pierre, en fer, en fonte ou en bois, les croix érigées sur les places ou aux carrefours ont diverses origines.

Les croix des chemins et des places constituent un petit patrimoine, modeste mais porteur de mémoire. En étudiant la dizaine de croix dispersées sur le territoire de Clermont-le-Fort, je distingue quatre sortes de fonction. La présence de certaines est liée à leur situation dans un carrefour où, depuis plus d’un millénaire peut-être, elles ont servi de repère.

Autour de l’église paroissiale, leur installation était due à l’initiative d’un curé qui en faisait le but de processions. D’autres marquent l’emplacement d’une chapelle disparue.

Enfin, quelques unes ont manifestement été offertes par le propriétaire de la maison sur le mur desquelles elles sont placées afin de recevoir la bénédiction lorsque s’y arrêterait la procession des Rogations. Cette fête, instituée en 474 par saint Mamert, évêque de Vienne, se célébrait trois jours avant l’Ascension. Le prêtre et les fidèles parcouraient le village, allant de croix en croix, pour demander que les récoltes soient préservées des calamités naturelles. La marche se faisait en chantant ou récitant les litanies des saints, implorant la bénédiction divine sur les cultures et sur toutes les entreprises. Dans certaines paroisses, il fallait les trois jours pour parcourir l’un après l’autre tous les quartiers.

Les croix diffèrent aussi par leur matériau. En bois, elles n’ont pas résisté au temps et il n’en reste que le socle. En fonte, elles dates de la seconde moitié du XIXe siècle. On sait que l’industrie de la fonte s’est développée à partir de 1840 et a permis des formes complexes. En fer, elles peuvent remonter au XVIIIe ou au-delà si elles ont survécu à la Révolution. En pierre, elles ont des chances d’être anciennes et sont rares dans le pays toulousain.

Pour passer en revue les croix de Clermont, nous regarderons d’abord les croix proches de l’église. Puis nous partirons sur les chemins en suivant le parcours de la procession des Rogations.

Les croix situées autour du Fort

1. La croix de saint Louis

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Croix de Saint-Louis

On appelle ainsi la croix placée près de la table d’orientation. Pourquoi ce nom ? La consécration à saint Louis date probablement de la Restauration. La Révolution avait fait abattre les croix. Le mouvement de rechristianisation du début du XXe siècle les a multipliées. Le petit monument a pour socle un chapiteau renversé provenant des destructions révolutionnaires. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il aurait été apporté de l’abbaye d’Eaunes où un cloître roman a été détruit. Un autre chapiteau de même facture, lui aussi renversé, sert également de socle à une croix sur une place de Saubens. Qui a récupéré et emporté ces chapiteaux ? Qui eut l’idée de les disposer ainsi ?

La petite croix de fer qu’on y avait primitivement mise à Clermont était mince et banale. Celle qu’a récemment forgée l’artisan clermontois, Roger Calvet, est beaucoup plus raffinée. Il a choisi le modèle de la croix florencée : les trois branches supérieures se terminent par une fleur de lys. Des quatre angles formés par les bras de la croix partent des rayons.

2. La croix du calvaire

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Croix du Calvaire

De cette croix-là, il ne reste que le soubassement. Elle était placée sur un point culminant, en avant de la salle des fêtes. En 1863, le curé de l’époque, Dominique Planet, l’entoura d’une sorte de jardin. C’était une grande croix de bois portant le corps du Christ crucifié. On l’aperçoit sur cette photo datée de 1977.

3. La croix du XIVe siècle.

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Croix du XIVe

Située à l’angle est du Fort, là où commence son contournement, elle est bien en vue mais pourtant trop peu remarquée. D’où vient-elle ? Elle a été trouvée dans le cimetière et placée en cet endroit en 1929 lors de la cérémonie de clôture d’une mission. A cet emplacement aurait existé un ancien oratoire. Tant que vécut l’abbé Labit, dernier curé résident de Clermont, c’est vers cette croix que se dirigeait la procession de l’aspersion précédant la messe dominicale Ce qui la caractérise, c’est d’abord le matériau : les croix en pierre sont rares en pays toulousain. Ensuite, sa forme : le croisement des branches ne forme pas un angle droit mais une portion de cercle. Les spécialistes diront que c’est une « croix pattée à amortissement plat ». Une telle figure s’obtient en découpant dans une stèle carrée quatre échancrures circulaires en sorte que les bras s’élargissent aux extrémités. Sur le devant est gravée une fleur de lys : elle est donc postérieure au rattachement du Languedoc à la couronne de France (1271). L’autre face est ornée d’un motif fréquent, une marguerite à huit pétales.

Ces trois croix ont en commun d’avoir été placées par les curés désireux de proposer un but aux processions. L’origine des autres croix est beaucoup moins connue.

Les croix dispersées dans la campagne

4. La croix de Rivedaygue

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Croix de Rivedaygue

Au bas de la côte qui descend du cimetière, on ne peut manquer de remarquer une croix tournée vers la route et soigneusement dégagée de la végétation qui l’entoure. Sa décoration polychrome attire le regard. Elle est en fonte, ce qui amène à la dater de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les bras libres s’élargissent par deux volutes et se terminent en un coeur transpercé. Au centre, inscrite dans une rosace à quatre pointes étirées reliées par deux plus petites, est une croix complète : le titulus, le Christ revêtu du périzonium, les bras écartés et les pieds séparés comme dans les crucifix récents. Au-dessous, deux anges dos à dos, ailes repliées, mains jointes, pieds posés sur des volutes qui rejoignent celles qui entourent la base du montant. Plus bas, trois fleurs rouges, celle du centre très épanouie. Enfin, tout en bas, un ciboire surmonté d’une croix. Cette croix a peut-être remplacé une croix plus ancienne quand, au hameau de Rivedaygue où habitaient plusieurs familles, existait une place publique avec un passage vers -ou même (avant 1750) le long de- l’Ariège.

5. La croix de Saint Maurice

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Croix de Saint-Maurice

Dissimulée par les branches d’un cyprès, cette croix est tout à fait différente de la précédente. Elle est en fer forgé, très haute : la hampe est beaucoup plus longue que le montant supérieur. Toute sa décoration est une géométrie très sobre : au centre du croisillon, une rose. Le même motif de fuseaux entrecroisés occupe la partie supérieure des quatre bras dans la partie supérieure et il est repris dans le bas de la hampe, ce qui donne une grande unité de style. Au milieu de la hampe, il y a seulement deux tiges légèrement convexes, torsadées au centre. Deux accolades en S inversé la rattachent au dé de pierre. Le socle en briques se termine par un entablement chanfreiné. Dans le pilier s’ouvre une toute petite niche vide mais qui pourrait contenir une statuette.

Le matériau, les proportions, le style indiquent une certaine ancienneté : il est probable que cette croix fut érigée pour rappeler le souvenir du prieuré qui existait là au Moyen Age. Il n’y avait plus de prieuré au début du XVIIe siècle mais la chapelle était encore debout : on y célébrait la messe « au jour de la fête du saint ». En 1615, le visiteur épiscopal, l’ayant trouvée en mauvais état, interdit d’y célébrer si elle n’était réparée. Ce qui ne dut pas être fait. Aussi n’apparaît-elle plus dans les visites du XVIIIe siècle. Mais l’on sait bien que tout travail de terrassement dans ces parages rencontre les vestiges de la chapelle et du cimetière qui l’entourait.

6. La croix de la Bourdette

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Croix de la Bourdette

Située sur le muret de clôture au nord de la maison, c’est une croix en fonte creuse et moulée. Ses branches sont formées d’un cylindre d’environ 10 cm de diamètre autour duquel s’enroulent des tiges de vigne, l’un des symboles de l’eucharistie. Les épis de blé, l’autre symbole, montent le long de la croix. Au centre du croisillon, à la place ordinaire du Christ crucifié, du côté de la route, est une petite vierge en prière. Comme toutes les croix de fonte, elle date de la seconde moitié du XIXe siècle et a certainement été offerte par le propriétaire de l’époque. Parmi les notables qui ont possédé la Bourdette, on peut penser à Florentin Ducos, l’avocat toulousain, qui invita Noulet, son collègue à l’Académie des Sciences, à venir voir les objets découverts à l’Infernet et surveilla lui-même les trouvailles faites autour de sa maison. Ducos savait qu’il y avait eu près de sa maison un très ancien cimetière avec une chapelle qu’un document du XIIIe siècle mentionne sous le nom de Goudourville et le compoix de 1615 sous celui de Saint Alary et le cadastre de 1808 sous le vocable francisé de Saint Hilaire. Cette croix évoque donc non seulement le rituel des Rogations mais aussi le souvenir d’une chapelle disparue.

7. La croix de la maison Thil

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Croix de la maison Thil

Cette croix, située à une trentaine de mètres de l’embranchement de la D 35 sur la D 68, est comme la précédente, placée sur le mur d’une propriété. Elle provient de l’ancien cimetière d’Auréville et daterait du milieu du XIXe siècle. Lorsqu’on transféra le cimetière à son emplacement actuel, elle fut conservée par la famille qui,dans les années 1940, la plaça sur le mur d’enceinte de la maison où un petit retrait a été aménagé spécialement pour elle. Elle a une armature de fer et un décor en fonte. Cette armature est constituée par quatre tiges (deux en avant, deux en arrière) à section carrée d’un centimètre qui dessine la bordure verticale et horizontale des branches ; ces droites délimitent des espaces vides qu’occupent harmonieusement les lignes courbes des tiges de vigne aux feuilles alternées. Cette structure donne à cette croix un caractère aérien : elle semble faite pour se découper sur le ciel. Nous reconnaissons les mêmes symboles eucharistiques qu’à la Bourdette : ici les épis de blé apparaissent dans l’angle au-dessus du bras transversal tandis que les grappes pendent dans l’angle au-dessous. Au centre du croisillon on voit un cercle à l’intérieur duquel est un agneau d’où partent des rayons, l’agneau symbole du Christ dans le Nouveau Testament. Dans la partie inférieure de la hampe, une toute petite croix aux branches terminées par des fleurons semble proposée à une dévotion plus personnelle.

8. La croix de la place d’En Sérié.

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Croix de la place d’En Sérié

Avant d’être une croix des Rogations, cette croix est une croix de carrefour. A la différence des précédentes, elle n’est pas sur un mur de maison ou dans une propriété privée et elle est marquée sur la carte IGN. Lorsque le carrefour a été élargi, les services de l’équipement l’ont déplacée et lui ont refait un socle neuf. Elle est en fer forgé et sa structure est très simple : deux tiges de fer verticales, deux tiges horizontales délimitent un espace vide au milieu duquel une tige plus mince est le seul ornement. Au centre du croisillon est une rose. Les extrémités des trois branches supérieures sont formées par des cœurs, pointe vers l’extérieur. Deux volutes très simples entourent le bas de la hampe. Le dé en pierre est mouluré. Un modèle aussi simple paraît ancien. Il doit être l’œuvre d’un forgeron local.

8. La croix des Oustalets.

Dans la boucle délaissée par le nouveau tracé de la route se trouvait une croix. Elle était entourée de deux buis. Un seul subsiste aujourd’hui et il n’y a plus trace de la croix. En cherchant dans les broussailles, je n’ai vu qu’une pierre plate, vestige d’un socle. C’était une simple croix de bois, ce qui explique sa disparition. Pourquoi une croix à cet endroit et une croix encore marquée sur la carte IGN (édition 1990) ? Les Oustalets étaient un vrai hameau : le pluriel indique bien qu’il y a toujours eu plusieurs maisons.

9. La croix du cimetière

Dans tout cimetière existe une croix devant laquelle le prêtre récite les prières pour les morts. L’extension du cimetière a amené à la déplacer vers l’ouest. C’est une petite croix de pierre surmontant un haut socle en brique.

10 et 11. Les croix de la Riverotte

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Croix de la Riverotte

Il faut encore dénombrer deux autres croix sur le territoire de Clermont, des croix trop éloignées pour être intégrées dans la procession des Rogations qui ne franchissait pas l’Ariège. L’une est encore visible, appuyée contre le mur d’une maison, face à une sorte de place. Elle est en fonte probablement moulée. Son dessin est assez complexe. Le croisillon est formé par un quadrilobe dans lequel s’inscrit un petit crucifix. Il s’inscrit dans un carré aux pointes étirées : des quatre angles formés par les bras de la croix partent des rayons reliés aux bras. Les trois branches supérieures se terminent par une double volute. Cette croix a des restes de peinture mais elle est en mauvais état. Deux plaques de fer, clouées à la base et au milieu de la hampe, montrent néanmoins qu’on a pris soin de la consolider. Une autre était située à quelques centaines de mètres de là. Il n’en reste qu’un socle d’où émerge un bout de tige en fer. Qui saurait dire quand elle a disparu ? Située au lieu dit aujourd’hui La Ramière, près de ce qui fut la demeure de la famille de Papus, cette croix commémorait probablement la chapelle qu’entretenait cette famille et qui a fourni à l’église de Clermont une cloche et une statue.


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