Les amis de Clermont-le-Fort

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Les débuts de l’enseignement primaire à Clermont, Auréville et Goyrans

vendredi 7 octobre 2011, par Geneviève DURAND-SENDRAIL

Une mise en place difficile, une collaboration avortée

Les beaux bâtiments des écoles de nos villages datent presque tous du dernier quart du XIXe siècle quand, dans les premières années de la Troisième République, l’Etat apporta une contribution substantielle pour aider les communes à construire leur école. Mais il a fallu dans nos campagnes, que le monde extérieur incite les mentalités à changer pour faire accepter les sacrifices financiers qu’exigeait l’instruction. Sous l’Ancien Régime, il y avait des possibilités pour s’instruire : le plus souvent, c’était le curé qui apprenait à lire, ou un instituteur sous son contrôle. A Auréville, par exemple, est signalé en 1713, un «  maître d’école en patois, parent du curé de l’époque » et en 1729, un autre « portant le nom de l’intendant du château » (1). En 1779-80, les archives communales rapportent que la communauté se divisa à propos d’un vicaire régent, l’abbé Dubois, destitué à la suite de dénonciations devant le vicaire épiscopal et aussitôt remplacé (2). La Révolution n’eut ni le temps ni les moyens d’établir l’enseignement gratuit et obligatoire qui figurait dans le programme de la Convention. C’est seulement dans les premières années du règne de Louis-Philippe que la Loi Guizot (8 juin 1833) posa les bases de l’instruction primaire dans les campagnes en obligeant toutes les communes à entretenir une école et un instituteur.

1ère partie : La difficile mise en oeuvre de la Loi Guizot (1834-1850)

Cette loi embarrassait bien les petites communes rurales : comment trouver une salle pour la classe alors qu’elles n’avaient même pas de local pour les réunions du conseil municipal et la garde de leurs archives ? (3) Comment choisir et payer un maître ? La première réaction fut de répondre que la Commune n’avait pas les moyens de payer le traitement du maître, que les habitants étaient trop disséminés et que la population était trop peu nombreuse. Cependant, comme le suppose François Hortal dans sa monographie sur Clermont, il semble que la commune reçut une mise en demeure « ou que, quelques personnes, amies de l’instruction, firent revenir le Conseil municipal sur sa première décision ». La solution trouvée fut que Clermont et Auréville s’associeraient pour créer et entretenir l’école publique. Le conseil municipal de Clermont, dans sa délibération du 18 août 1833, accepte que le siège de l’école soit fixé à Auréville et alloue à l’instituteur un traitement fixe de cent francs, plus vingt francs pour son loyer. Celui d’Auréville, à la même date, délibère d’affecter à l’école et au logement de l’instituteur une maison du village, appartenant à M. Armaing, et vote la même somme pour son traitement. A ce traitement annuel s’ajouterait la contribution demandée aux enfants : 1 franc pour ceux qui apprennent à lire, 1,50 pour ceux qui apprennent à lire et à écrire, 2 francs pour ceux qui reçoivent des leçons d’arithmétique. Etaient dispensés de payer les enfants indigents dont la liste était établie par le conseil municipal.

A. Clermont, pionnière pour nommer l’instituteur et accueillir des élèves.

En juin 1834, les conseillers de Clermont examinent trois candidats au poste d’instituteur : un propriétaire de Clermont, M. Tourié, un propriétaire d’Auréville M. Gau, et un maître originaire du Vernet, J.P d’Olive. Le 28 août, le maire de Clermont, n’ayant pas reçu de réponse d’Auréville, propose à son conseil de s’en passer et de présenter au comité d’arrondissement « le sieur d’Olive Jean-Pierre, instituteur privé résidant dans la commune du Vernet, pourvu d’un diplôme de capacité ». Une initiative généreuse encourageait la décision des Clermontois : un propriétaire de Clermont, Arnaud Lanta (4), offrit d’élever le traitement de l’instituteur à 240 francs. Il n’était donc plus nécessaire d’attendre la contribution d’Auréville ; aussi le Conseil annula-t-il sa décision de s’associer avec Auréville.

Les premiers instituteurs, Jean-Pierre d’Olive (1834) et Vincent Cassaël (1838), exercèrent dans une maison privée aux Oustalets : le sieur Bouzigue fournissait la salle de classe et le logement de l’instituteur. Mais ces conditions ne devaient pas être satisfaisantes car, en 1840, le registre communal signale que, depuis quelque temps, la commune n’a plus d’instituteur. Une imposition supplémentaire est décidée pour élever le traitement de l’instituteur à 300 francs afin de recruter un nouveau maître, qui sera« le sieur Sous, instituteur à Montbrun ». (5)

La nécessité de posséder un bâtiment municipal était devenue évidente. On acheta pour neuf cents francs à Bertrand Sendrail la maison qui jouxtait la porte du Fort, celle-là même qui a abrité ensuite la mairie. Des travaux d’aménagement assez importants furent confiés à l’architecte Cambon. (6) Un devis de 1842 stipule qu’une cave sera creusée. Au rez-de-chaussée, il est prévu une petite chambre pour l’instituteur où l’on place un fourneau et un évier. Initialement, on n’avait envisagé que des briques crues pour la cheminée. Mais avant même la fin des travaux qui traînaient faute d’argent, on s’occupa d’agrandir et d’améliorer en utilisant des briques cuites. La porte d’entrée et le perron que nous connaissons datent de cette époque. (7) Les deux cabinets d’aisance (C’était une école mixte et le souci de l’hygiène devait être déjà présent dans les instructions ministérielles !) se trouvaient dehors, au départ de la pente du coteau. (8)

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Le premier bâtiment aménagé en école fut l’ancienne mairie.
Les trois niveaux, le perron furent aménagés en 1840.

B. Que s’était-il passé à Auréville pendant ces années ?

En 1834, 35, 36, le Conseil municipal d’Auréville a voté les crédits pour le salaire et le logement de l’instituteur et fait la liste des enfants bénéficiant de la gratuité. Puis, dans les budgets suivants, on voit que les lignes où devraient être inscrits le traitement de l’instituteur et les charges concernant l’instruction primaire sont laissées en blanc. On en vient à se demander si la somme, inscrite dans les budgets précédents, a jamais été réellement versée. En 1843, c’est explicite : le Conseil parle de dénoncer la convention avec Clermont qui a « violé nos conditions » et de s’associer avec Goyrans qui en a fait la proposition dès 1841. «  Les conditions prises à cet égard furent que le siège de ladite école devait être dans notre commune, cette clause devait être de toute rigueur. Aujourd’hui, les conventions ne sont point remplies, le siège de l’école est établi à Clermont. En conséquence, vu l’éloignement et l’impossibilité d’y envoyer nos enfants et puis vous observant que la commune de Clermont a violé nos conditions et qu’elle s’est écartée des principes d’amitié vis-à-vis de nous, nous devons dès ce jour nous désunir d’elle pour nous réunir à celle de Goyrans, notre alliée, laquelle nous a déjà communiqué le désir de s’allier à nous ». Cependant, malgré le vote unanime du Conseil, l’administration ne voulut pas remettre en question l’union avec Clermont. Les années passant, le refus de payer pour l’école et l’instituteur se précise : il est inscrit en toutes lettres dans la délibération de septembre 1848 concernant le budget de 1849 : «  une somme de néant, à titre de traitement fixe pour l’instituteur comme ne faisant pas son devoir, sera allouée au budget de 1849 et une somme de néant pour acquitter le prix de la maison d’école et pour indemnité de logement à l’instituteur ». Et en décembre, le ton est toujours aussi virulent : « Le conseil considérant qu’il s’impose tous les ans des dépenses considérables pour subvenir aux frais de l’instruction primaire, que cependant des plaintes journalières s’élèvent à raison de l’impossibilité où sont les habitants de faire instruire leurs enfants, qu’en effet l’instituteur qui est actuellement en exercice ne forme aucun élève, que cet état de choses n’existerait pas si la nomination des instituteurs communaux était faite par les conseillers municipaux, le conseil émet le vœu que dans la loi organique, les conseillers municipaux aient le doit d’élire librement l’instituteur parmi les candidats qui réuniront les qualités requises par ladite loi. Vu les motifs sur lesquels repose le vœu ci-dessus, il n’y a pas lieu de désigner les élèves qui doivent fréquenter gratuitement l’école, cette école étant toujours déserte et l’ayant toujours été et aucune demande n’ayant d’ailleurs été faite à ce sujet. »

Se méfiait-on à Auréville des instituteurs choisis par Clermont ? Ceux-ci ne voyaient-ils aucun enfant d’Auréville ? Le local prévu à Aureéille qui, selon l’instituteur Amiel (1), était situé à 1 kilomètre du centre du village et à 5 kilomètres de Clermont, était- il adapté ? On peut citer ici le témoignage d’un observateur extérieur, le curé doyen de Castanet, qui écrit : « Si l’instituteur demeure présentement à Clermont, c’est parce qu’il n’y a pas de logement pour lui ni de maison d’école dans Auréville. » Et il ajoute que cette situation risque de perdurer « vu l’état actuel de la commune d’Auréville ». (10)

On remarquera que le conseil municipal, qui n’avait fait aucune proposition en 1834, se plaignait maintenant de ne pouvoir choisir l’instituteur. En effet, la carrière des instituteurs commençant à s’organiser, les municipalités avaient désormais moins d’initiative. En 1850, la loi Falloux institua un conseil académique de département qui dressait une liste d’aptitude dans laquelle choisissaient les municipalités. En 1852, la nomination devint le fait du recteur, alors départemental.

Pour expliquer l’attitude de la municipalité d’Auréville, je suis tentée d’avancer une hypothèse. N’aurait-elle pas été influencée par le curé de l’époque, ce Jean-Girons Izard, (1768-1850), moine augustin avant 1789, qui desservait Aureville et Goyrans depuis 1814 ? Ses divers legs en faveur d’Auréville montrent qu’il avait le souci de l’éducation des filles qu’il aurait voulu confier à des religieuses. Dès 1846, il avait fait donation de 2000 francs à l’hospice de Castanet tenu par des religieuses « à charge de faire l’école gratuite à toutes les filles tant de Castanet que d’Auréville ». Et par testament, il léguait « divers immeubles et divers objets mobiliers à la fabrique de l’église d’Auréville, aux pauvres de la commune et à charge d’établir une maison d’école pour les filles. » La lettre du curé-doyen de Castanet déjà citée suggère un climat tendu. Il écrit à propos du vicaire qui le secondait pendant les dernières années de sa présence à Auréville, l’abbé Terris : « Il lui a fallu réformer à peu près tout et cela en présence de celui qui soutenait avec force les vieux abus dont il ne voyait peut-être plus toute la gravité. »(10)

C. Et à Goyrans ?

Mon hypothèse n’est pas en contradiction avec ce qui se passe vers 1850 à Goyrans : un bâtiment adossé au mur nord de l’église y fut construit en 1852 par Dominique Izard, maçon de Lacroix-Falgarde sur des plans de J.J. Esquié qui indiquent au rez-de chaussée une salle de classe de 36 m2 de superficie et la cuisine de l’instituteur ; à l’étage, deux chambres pour l’instituteur au-dessus de la salle de classe et une pièce pour les réunions du Conseil municipal au-dessus de la cuisine. Comment fonctionna cette école ? On apprend qu’en 1859, la municipalité utilise le bâtiment comme presbytère bien qu’elle ait été construite grâce à une subvention du ministère de l’Instruction Publique. Une lettre du Recteur au préfet, datée du 7.10.1859, se plaint que l’institutrice nommée a été mal reçue, que le maire refuse de rendre le bâtiment de l’école et de lui permettre d’enseigner. (11)

Ainsi, près de trente ans après la loi Guizot, il n’y a pas le moindre projet de construction d’école à Auréville. Goyrans en a construit une mais ne l’utilise plus comme telle. Clermont a eu une quinzaine d’instituteurs entre 1834 et 1884 mais n’a jamais pu leur offrir un local satisfaisant. Il faudra une sérieuse évolution des mentalités et de généreuses subventions de l’Etat et du département pour que se bâtissent les belles écoles que nous connaissons.

Notes de la première partie

1. Monographie de l’instituteur Amiel sur Aureville, 1886

2. Une dénonciation lors de la visite du vicaire épiscopal avait entraîné sa destitution et son remplacement. Mais il gardait des partisans qui réclamaient son retour « attendu que jusques à présent, il a rempli toutes les fonctions avec la plus grande édification, tous les enfants autrefois si ignorants étant parfaitement instruits… », ne voulant « entrer pour rien dans les délations et mauvais propos qui ont été ou ont pu être tenus sur le compte de M. l’abbé Dubois ». AC Auréville, 1D1, f°149-152, 1779-1782.

3. « Les archives de la commune qui n’ont jusqu’ici pour asile qu’un vieux coffre placé dans l’église dans lequel les papiers de la mairie sont confusément entassés… » AC Clermont, 28.07.1839

4. Il avait été maire en 1812 et en 1815 et adjoint en 1826. François Lanta fut maire de 1848 à 1854. D’après la matrice cadastrale, sa propriété était située à la Riverotte.

5. Deux ans plus tard, ledit Sous dut réclamer à la commune une partie de son salaire. Les 300 francs promis n’avaient jamais été versés.

6. Cambon (Antoine) 1786-1847 : Ingénieur, géomètre et architecte, auteur des halles de Cadours, Rieumes, Cugnaux, des écoles de Caraman, Puysségur etc….

7. «  Perron extérieur de 1,45 m de hauteur sur 3,00 de largeur composé de 8 à 9 marches… le tout formant au devant de l’entrée un palier de 0,90 m en carré. Sera exécuté en matériau de cailloux parementés en brique entière taillée, maçonné à mortier de chaux et perlé au ciment rouge. » ADHG : 2 O 363.

8. «  2 cabinets d’aisance, séparés, à construire sur le versant sud du grand coteau… Toiture en tuile canal enchaînée à mortier de chaux … Porte d’entrée, montée sur 2 poteaux en chêne avec un loquet….. ; Fosse et siège au-dessus, fait d’une planche. »

9. ADHG : 2 O 363.

10. Archives diocésaines, dossier Castanet.

11. ADHG : 2 O 569. Lettre du Recteur au préfet datée du 7.10.1859 déplorant que le maire qui s’était engagé à trouver un autre local pour l’école n’en ait rien fait. « Ces jours-ci, j’y ai envoyé une institutrice pour remplir les fonctions d’instituteur communal. M. le maire l’a fort mal traitée de paroles et lui a dit qu’il ne voulait ni instituteur ni institutrice… « En conséquence de ces procédés violents et arbitraires, j’ai l’honneur de vous prier de mettre M. le maire de cette commune premièrement en demeure de rendre le local de l’école ou d’en fournir un autre avec logement 2° de l’inviter à installer l’institutrice que j’y ai nommée. »

2ème partie : 1850-1886 Grâce au soutien de l’Etat, les Communes trouvent plus de moyens pour leur école

Auréville mit quarante-trois ans avant de nommer un instituteur mais une fois la décision prise, il ne lui fallut que trois ans pour construire son école. Clermont eut un instituteur dès 1834 mais attendit cinquante-deux ans avant de construire son école.

1877-1880 : à Auréville, l’ouverture et la construction de l’école.

C’est seulement le 16 avril 1877 que, selon la monographie de l’instituteur Amiel, la première école laïque mixte s’ouvrit à Auréville. Comment cette décision avait-elle été obtenue ? L’instituteur l’attribue à «  l’énergique impulsion d’un conseiller municipal ». C’est probable car, lors de la réunion du 12 novembre 1876 à laquelle participaient les contribuables les plus imposés, comme c’était l’usage de l’époque quand il s’agissait de décider de grosses dépenses, un conseiller du nom de Lacoste prononça un ardent plaidoyer en faveur de l’éducation et, soutenu par un autre conseiller, Jean Tourié, proposa de voter les impositions nécessaires pour construire un bâtiment destiné à servir d’école et de mairie. Le maire, Miramont, et un autre conseiller s’abstinrent. Deux des plus forts imposés, MM Thil et Baruthel, s’opposèrent formellement. Mais la majorité des présents accepta une seconde imposition extraordinaire. En effet, dans la même séance, le Conseil venait d’en voter une de 700 francs pour payer l’aménagement sur la place du village d’une grotte avec la Vierge de Lourdes, travaux auxquels on convint de laisser la priorité.

En attendant, le conseil décida (séance de février 1877) d’ouvrir l’école en louant pour la salle de classe, « une chambre au rez-de-chaussée de la maison de Jeanne Begou située sur la place d’Auréville » avec un loyer annuel de 40 francs et pour le logement de l’instituteur, la maison de Jean Jean-Marie avec un loyer annuel de 50 francs. Selon la monographie d’Amiel, cette solution était peu satisfaisante : «  La salle d’école située dans le village était humide et obscure. Deux petites ouvertures lui communiquaient la lumière tandis que dans la saison des pluies, l’eau naissait sous la porte ». Le logement de l’instituteur était « distant de deux kilomètres, était au milieu des terres et de la boue ».

Cette solution provisoire permettait du moins d’attendre la construction d’un bâtiment neuf pour lequel, dans les derniers mois de 1876, l’architecte J.J. Esquié avait proposé un premier projet. En février 1877, malgré l’énormité de la somme estimée par son devis (7.220 francs), la construction fut votée et le 10 octobre 1878, les travaux furent adjugés à Antoine Jany, entrepreneur à Corronsac. Mais le bâtiment, qui comprenait une belle salle de 35 mètres carrés de surface et, à l’étage, le logement de l’instituteur plus une pièce pour la mairie, parut insuffisant avant même sa mise en service. Le 11 mai 1879, le Conseil municipal vota un complément de construction : il s’agissait d’ajouter deux ailes, l’une pour servir de préau, de salle d’attente et de gymnase, l’autre de mairie, ce qui laisserait tout l’étage pour l’instituteur. En février 1880, cependant, l’entrepreneur menaçait d’arrêter les travaux faute d’argent. Le département accorda encore une subvention. La réception des travaux intervint en août 1880. L’école dut s’ouvrir à la rentrée suivante.

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L’école d’Auréville
Le bâtiment primitif de Jacques-Jean Esquié fut rapidement agrandi.

Lorsqu’en juin 1886, l’instituteur Amiel rédige sa monographie, il est très content de sa salle de classe «  saine et bien aérée », de la bibliothèque scolaire qui s’est enrichie en quelques années et compte jusqu’à « soixante-cinq volumes, choisis dans tous les ordres d’études ». Il trouve très satisfaisante la fréquentation des enfants « vu l’éloignement des maisons et le mauvais état des chemins ». En effet, sa classe compte trente-huit inscrits, provenant non seulement d’Auréville mais de Goyrans, Lacroix-Falgarde et Clermont. Ses seules critiques portent sur l’exiguïté de la cuisine de son logement et le retard mis à l’acquisition de son mobilier personnel, acquisition pourtant votée depuis dix ans. Auréville avait donc devancé Clermont qui n’avait toujours pas de maison d’école.

B. A Clermont, des progrès, lents mais irréversibles.

1. Les conditions de l’enseignement.

Les premiers instituteurs de Clermont, Jean-Pierre d’Olive et Vincent Cassaël firent classe aux Oustalets dans la maison Bouzigue. En 1844, les travaux dans la maison du Fort étaient terminés et l’instituteur Sous s’y installa. Mais les conditions ne devaient être satisfaisantes ni pour l’instituteur ni pour la municipalité. En 1850, François Lanta, maire de 1848 à 1854, proposa d’acheter un autre bâtiment dans le Fort pour y installer la mairie. Il trouvait mauvais de tenir les réunions du conseil municipal dans l’école et soutenait que le logement de l’instituteur était trop petit. Mais il dut renoncer à cet achat car 19 des 24 personnes ayant pris part à l’enquête s’opposèrent au projet. La maison envisagée était en mauvais état et il aurait fallu augmenter les impôts pour payer les réparations. Le juge de paix de Castanet écrit que les opposants étaient «  poussés par un regrettable esprit de rivalité contre le maire ».

Pendant la décennie 1840-1850, l’école de Clermont était fréquentée par une quinzaine d’enfants sur la trentaine que comptait la commune qui avait alors environ 500 habitants. Les registres mentionnent 8 à 12 familles indigentes qui étaient dispensées de rémunérer elles-mêmes l’instituteur.

En 1850, le traitement que la commune de Clermont versait, pour sa part, à l’instituteur était toujours de 95 francs. En 1851, on délibéra d’élever cette part à 189 francs afin que la somme touchée par l’instituteur, complétée par l’Etat et le département, atteignît 600 francs. On avait alors besoin de recruter un nouveau maître.

Après 1860, l’école était toujours payante mais le calcul de la rétribution scolaire avait changé : au lieu de trois tarifs suivant qu’on apprenait à lire, ou bien à lire et écrire, ou bien à lire, écrire et compter, on paye désormais en fonction de l’âge : 1,50 franc pour la première classe, (enfants au-dessous de sept ans), 2 francs pour la seconde classe (enfants au-dessus de sept ans). Cinq enfants sont admis gratuitement. La loi Duruy autorisait les municipalités à décider une imposition pour établir la gratuité générale. Clermont n’utilisa pas cette possibilité car dans la décennie 70, les documents contiennent encore des listes de gratuité. En 1879, cette liste dénombre 14 enfants dont 5 filles.

Le matériel scolaire s’améliore. L’instituteur arrivé en juillet 1861, Victor Sires, trouvait seulement : quatre tables, cinq bancs, une grammaire, deux livres par le chanoine Schmi ( ?), deux devoirs des enfants, une bible, un portrait de Napoléon, un Christ en plâtre. En 1868, la mairie achète une bibliothèque scolaire depuis longtemps réclamée et divers « objets voulus par les convenances et d’autres qui sont tout à fait indispensables aux exercices de l’enseignement classique » : à savoir, douze manuels de lecture (méthode Regimbeau), des tableaux coloriés des poids et mesures avec le manuel, «  ouvrages recommandés à l’exposition universelle de 1867 ». Le tout de chez L. Hachette.

En 1867, le ministère Duruy se préoccupe d’écoles spéciales pour les filles. Le maire, Laurent Marty (1860-1870), répond que l’école de Clermont est mixte, qu’il n’y a jamais eu plus de neuf filles et qu’il n’y a donc pas lieu de créer une deuxième école. La commune ne voit pas non plus la nécessité de payer une maîtresse pour leur apprendre la couture. C’est seulement en 1872 que Mademoiselle Sentost sera rémunérée pour enseigner les travaux d’aiguille dans la classe de Monsieur Bruel.

On se préoccupe aussi de l’enseignement des adultes : dans les années 1877-81, la commune verse 50 francs à l’instituteur Siadoux (3) pour les cours qu’il dispense aux adultes trois fois par semaine, de novembre à avril «  à la satisfaction de tous ».

2. La construction d’une maison d’école

Même si la commune avait fait l’effort d’aménager dès 1840 une salle de classe et un logement pour l’instituteur dans la maison du Fort (la mairie d’hier), il semble que cette solution n’ait pas duré et que l’instituteur soir revenu dans des maisons particulières, tantôt aux Oustalets comme dans les débuts (1) ou à la maison Sentost (2).

En 1879, la commune commença à mettre de l’argent de côté « pour construire prochainement une maison d’école, l’ancienne étant délabrée et insuffisante ». Mais où la construire ? Dans le Fort ? Le maire, Jean-Marie Jassereux, (1876-1881) proposa le jardin du curé. Les plans de l’époque montrent qu’il était situé là où s’élève aujourd’hui la salle polyvalente. L’inspecteur d’académie trouva l’espace un peu limité pour une école mixte : il aurait fallu le compléter par l’achat d’un champ voisin. Le curé, Auguste Gravelle (1868-1884) auquel on donnait en échange un mauvais terrain en pente, s’y opposa et le projet échoua grâce au soutien de la fabrique et l’archevêché.

Ou bien hors du Fort ? Les solutions envisagées dans le Fort ayant été rejetées, on chercha un champ dans le voisinage et l’on s’arrêta finalement à celui situé au carrefour du chemin de la Brègue avec celui du village, le site actuel. Deux experts approuvèrent « la situation exceptionnelle de ce champ, l’aspect dont on jouit sur ce plateau, sa superbe exposition pour établir les pépinières et le jardin de l’instituteur, la rareté des terrains à portée du village », et jugèrent qu’il valait bien le double du prix proposé. Un terrain de 16 ares fut donc acheté à Claude Sendrail au prix de 1.250 francs, la vente prenant effet le 20 juillet 1883, sitôt la moisson faite, car le champ était « en culture de froment ».

Le plan de l’architecte, Jacques-Jean Esquié (4), approuvé dès 1881, prévoyait une salle de classe pouvant accueillir 40 enfants : 64 mètres carrés sous 4 mètres de hauteur de plafond, ayant une entrée pour les filles à l’ouest avec une petite salle d’attente et une entrée pour les garçons à l’est. Le marché fut attribué à Barthélemy Pons de Rebigue. Malgré les 10.000 francs du Ministère de l’Instruction Publique, les 2000 francs empruntés à la Caisse des Lycées, Collèges et Ecoles primaires et les 3.000 empruntés à celle des chemins vicinaux, la Commune dut encore trouver 2.675 francs pour finir de payer l’entrepreneur et l’architecte.

Les travaux furent rondement menés et la réception des travaux eut lieu le 28 octobre 1885. Ils avaient été suivis par Monsieur Siadoux, l’instituteur en fonction à Clermont depuis 1877. Son successeur, Victor Hortal, arrivé en 1884, inaugura la nouvelle école en 1885. L’année suivante, la Commune acheta le mobilier scolaire : quinze tables-bancs à deux places, patins et montants en buis, tablettes en sapin, et un bureau de maître à étagères et tiroir fermant à clé.

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L’école de Clermont
Comme celle d’Auréville, l’école de Clermont a été bâtie sur les plan de J.J. Esquié.

Ainsi prenaient fin les hésitations, les réticences, les demi mesures des cinquante premières années. L’Etat a fortement contribué à ce changement de mentalité en facilitant le financement des bâtiments et les déchargeant de leur contribution au traitement des instituteurs. En quelques années, une lente évolution trouva son aboutissement : la gratuité (5), l’obligation scolaire pour tous les enfants de 7 à 13 ans (6), la prise en charge du salaire des enseignants (7) et de leur formation (8). Aujourd’hui, Auréville et Clermont, associées dans un Regroupement pédagogique Intercommunal (RPI), collaborent sans les réticences qu’elles avaient manifestées il y a cent cinquante ans.

Notes de la 2e partie

1. J’ai entendu dire que mon grand-père, né en 1871, était allé à l’école aux Oustalets.

2. Le grand-père de Simon Laguens aurait fréquenté l’école dans la maison Sentost, la plus à l’ouest du Fort avant la Borde.

3. L’instituteur Siadoux (1877-1884) s’intéressa à l’archéologie. L’abbé Labit lui attribue la découverte, autour du tumulus, de fragments de poteries mérovingiennes qu’on appelle pégaus. Il aurait aussi aidé Jean-Baptiste Noulet en 1881 pour sa dernière campagne de fouilles.

4. Jacques-Jean Esquié (1817-1884) architecte de la ville de Toulouse, du diocèse, puis du département, a construit, entre autres, l’Hôpital Marchant, la prison Saint-Michel et une quantité d’églises, de presbytères et d’écoles, dont celles d’Auréville et de Clermont.

5. Loi du 16 juin 1881

6. Loi du 28 mars 1882

7. Loi du 19 juillet 1889

8. L’exigence du Brevet élémentaire et l’obligation pour les départements d’avoir une Ecole normale d’instituteurs datent de la loi de 1833 ; pour les institutrices, il a fallu attendre la loi du 9 août 1879.

Sources manuscrites

Archives communales : Registre des délibérations du Conseil municipal

Archives départementales : Série 2 O, Monographies des instituteurs (1886).

Archives diocésaines

Sources imprimées

Prost (Antoine), L’enseignement en France, 1800-1968, Armand Colin, coll. U.


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